Journal d'une expérience marocaine...

Ces lignes retracent quelques émotions que nous avons eues lors de notre voyage au Maroc, à l'occasion du festival Awaln'Art, rencontres artstiques internationales en places publiques, du 8 au 12 juin 2011...

 

 

"Premier jour à Tamesloht_

Arrivés en retard par avion. Découverte d'un environnement, du site. Terre battue brune, rose. Découverte du bivouac, des tipi-toilettes...

On mange. On se balade. Terre battue.

Gamins qui nous suivent.

Ode dresse un portrait de l'un d'eux, reçoit un cadeau: un porte-savon en plante tressée.

Beaux regards, beaux sourires, belle curiosité, intimidante.

Parade des Grandes personnes: très grandes marionnettes faites en papier maché. Elles sont faites avec amour, en atelier, avec des locaux. Elles sont très belles, imposantes et colorées..

Enfants partout !  Vent doux.

Un premier jour marocain aux accents de fête, où géantes marionnettes mènent la danse..."

 

 

"Deuxième jour

Départ en voiture pour découvrir Aghmat et rencontrer les gérants du site.

Aghmat, ou un petit coin de paradis.

Ruelles abritées par des murs en terre rouge. Chemins sinueux qui nous laissent découvrir la rivière rouge, les oliviers, les moutons endormis à leurs pieds. On nous explique qu'Arghmat était une capitale auparavant. Aujourd'hui, on la connait aussi pour la diversité et l'abondance des plantes qui y poussent.

Déjeuner chez la maman de Khalid. Maison modeste. Enlevons nos chaussures et goûtons l'hospitalité berbère autour de la petite table nappée d'un plastique à fleurs. D'aileurs, le salon est muré de banquettes fleuries.

Au dessus de nous, juste une ampoule, deux moulures et un revêtement de béton. Au coin, un escalier qui semble mener directement vers le ciel. A gauche, un pilier au carrelage chargé et un peu fatigué.

Il est l'heure de quitter les lieux. Choukran bezef madame, merci beaucoup Khalid.

 

Rentrons au bivouac, juste de temps de faire deux-trois bricoles.. Courons jusqu'au bus.

Les artistes togolais mènent la danse, les marocains relancent la rythmique... Jusqu'à l'hôtel de luxe où l'alcool (!) et les petits fours nous attendent au bord de la gigantesque piscine (!!)

On admire les artistes, on se délasse...

Retour au bus, ambiance électrique, ça balance dans tous les sens, tous debout - ou presque - jusqu'au camp.

Fin d'une journée folle, où se sont bousculés de drôles d'extrêmes"

 

 

  "8 juin

Démarrage en douceur

Improvisation musicale avec les Tchébé-Tchébé, jamais fatigués, toujours le sourire. Petites échasses pour ce monsieur. rencontre insolite entre lui, elle et le mât.

Rencontre poétique entre eux, leur rythme si joli et la voix de Fatima...

Corps à corps nouveau, laborieux et joyeux. Ecoute attentive.

Montées en puissance, douceur...

Echange harmonieux comme on rêve en avoir, en palper, sans oser penser que ça puisse être possible.  maroc1

 

Après-midi Marrakech, on fait l'école buissonnière. traversée de cette grande place où mobylettes, calèches, piétons, et vendeurs ambulants s'entremêlent. Brouhaha général. Aux stands des jus d'oranges, les hommes nous alpaguent. C'est la bataille pour réussir à nous faire venir plutôt chez l'un que chez l'autre...

Hénné sur une main, marché couvert aux milles couleurs, rires, regards, fracas, senteurs, lumière tamisée, ambre, jasmin et thé vert. On file avec lenteur voir le spectacle au chapiteau. Sur le chemin on goûte des escargots. On cherche finalement le reste du groupe perdu, on le retrouve dans un bar incongru. Retour au bercail, faim assouvie."

 

 

"9 Juin.

Drôle de répétition chez Equivoque.

Bizarrerie dans l'écoute. Peur pointe son nez.

Aujourd'hui, on ne suivra pas le reste du groupe.

Ode et Fatima iront simplement chercher le poisson rouge tandis que Thomas et Agathe resteront bosser sur ordinateur. Petit début d'un nouveau jeu: Cluedo des ragots.. Rires et prélassement.

On va dîner dehors ce soir. C'est un Marocain qui a vécu à Bruxelles qui nous reçoit. Il parle avec l'accent belge et marocain mélangés.

Un double tajine végétarien pour les unes, un tajine au veau pour les autres. De retour au bivouac, ça parle dans tous les sens. Difficile de s'endormir... En fait, peut-être que non..."

 

 

"10 juin

Nuit difficile pour Fatima.

Agathe a eu le sommeil tellement lourd qu'elle ne s'en est même pas aperçue.

Petit déjeuner léger. On file dès que possible pour Marrakech; coups de téléphone, on cherche un médecin. La cousine rapelle, allons vers la clinique. Verdict: infection.. Et pas des moindres: pulmonaire, a-t-on dit. Fatima restera chez sa cousine aujourd'hui. Ode et Thomas ont bien bossé avec Yassine et Zak pendant ce temps. Retrouvailles d'un groupe amoindri.

Après quelques blagues et ragots, départ sur Tahanaoute pour voir la parade de ces drôles d'homme tout bleus.

Ce soir on dîne chez un peintre. Maison splendide.

Chants Gnawas pour fêter encore

Puis dormir

La fatigue se fait sentir.

nous avons dépasé la moitié de notre séjour ici.

 

Demain on jouera à Aghmat.

Espérons que Fatima se sentira mieux."

 

 

"11 juin

C'est enfin le moment de jouer.

Retour sur la terre rouge d'Aghmat pour se préparer.

Sur le chemin, l'Atlas nous salue.

Accueil très aimable par tous les bénévoles sur le site. C'est la ruche, tout le monde s'agite. On installe la scène, on fait des essais avec le mât, des essais techniques... Les coulisses sont sous le ciel bleu, dans un petit jardin juste derrière le petit et beau mausolée. On s'y sent bien.

Les jeunes qui vont jouer avant nous et faire du break dance sont là. Il  a aussi des joueurs de bollasses et cracheurs de feu. Le style n'est pas du tout le même mais qu'importe, tout est découverte ici !

Le stress monte à mesure que le jour tombe. La nuit s'installe peu à peu, Fatima s'est préservée au maximum pour pouvoir chanter ce soir.

Khalid, responsable du site, semble de plus en plus dépassé par les événements. Mais les bénévoles sont là, même si tout n'est pas "carré", les choses vont se dérouler avec bienveillance.

Soirée superbe pour les familles.

Candide, je m'étonne, les femmes se sont naturellement regroupées d'un côté, tandis que les hommes sont de l'autre. Les enfants sont dispersés un peu partout. La foule a beaucoup grandi.

Le spectacle a déjà commencé avec les jeunes danseurs. La nuit tombe avec assurance. Nous attendons et observons.

 

Notre heure est venue.

Les musiciens apparaissent, Ode grimpe sur le mât, l'image provoque des échos projetés sur le mausolée;

Les voix vibrent, les spectateurs se laissent captiver et emporter.

Des rires éclatent, le lien se fait naturellement.

 

En tant que spectatrice, j'ai vécu un moment unique, un vrai délice.

Fatima, Zak et Yassine ont un peu plus souffert, ils n'avaient pas de retour et ne s'entendaient pas.

La compagnie est heureuse et voudrait faire mieux demain.

Son souhait sera exaucé..."

 

 

"12 juin, dernier jour au Maroc,

Deuxième et dernier jour de représentation.

La journée file très vite. Derniers papiers à régler, installation du matériel sur le site

Car ce soir nous jouons juste derrère le bivouac, dans le site, à Tamesloht.

Nous allons jouer avec les Tantôt, compagnie Lilloise avec qui Ode a fait une petite vidéo cette semaine, et avec les Tchébé-Tchébé, dont la rencontre a été délicieuse.

Gonflés d'énergie par la veille, Chacun semble être au meilleur de sa forme.

La nuit arrive à une vitesse folle, c'est déjà l'heure du spectacle. Les Tchébé-Tchébé commencent la soirée.

Nous passons après. La foule est impressionnante. L'équipe technique a mis un long fil à 4 ou 5 mètres du mât afin d'éviter que les spectateurs viennent carrément en dessous.

 

C'est que les codes du spectacle sont des choses qu'on apprend. Et ici, il n'y a pas de fauteuil en velour rouge, pas de place numérotée, pas de règle. Tout est spontanné. Parfois trop peut-être, on peut se sentir submergé.

Mais n'est-ce pas là une magie inégalable? De se retrouver aux sources du spectacle, de se rappeler qu'il n'est pas obligatoire de se taire pendant la représentation, que c'est avant tout un hymne à la vie, et qu'on peut même manger ici, sous ce ciel aux milles étoiles, et devant cette fille qui grimpe sur un mât.

Les chants montent au ciel, Ode se mêle à la foule, l'ambiance est à son comble! Des rires, des cris plus forts, des mouvements de foule autour d'Ode...

Les applaudissements sont chaleureux. De l'électricité est dans l'air. Les artistes en ont été gonflés, de vraies sensations fortes les ont traversés au contact du public de Tamesloht.

 

Heureux d'avoir été là."

 

 

Merci à Khalid Tamer, directeur du festival Awaln'art pour son invitation,

à Jean-Pierre Marcos directeur du Pôle cirque d'Amiens pour son grand soutien sur cet événement,

Ainsi qu'au Hangar, fabrique des arts de la rue à Amiens,

Et bien sûr Zakariae et Yassine, les deux musiciens de haut talent, rencontrés à l'occasion de ce festival et avec qui nous avons partagé le plaisir de jouer cette forme Equivoque toute particulière.

 

A.R.N.

 

 

 

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